Sommet économique 2017

Article de presse

Martigny – Sommet économique Helvetia

Patrons et politiques confrontent leurs visions sur le franc fort

Quelque 400 entrepreneurs et représentants de l’économie valaisanne ont participé jeudi soir au Sommet économique Helvetia. Une soirée marquée par de belles passes d’armes autour du franc fort.

La Nationale assurance avait organisé l’an dernier un Premier sommet économique, en marge de l’Assemblée générale de la Chambre valaisanne du commerce et de l’industrie. Une trop belle idée pour que l’Helvetia, son repreneur, n’abandonne ce qui deviendra sans doute une tradition. Jeudi soir, les quelque 400 participants réunis à Martigny n’ont pas boudé leur plaisir, ponctuant les débats d’éclats de rire et d’applaudissements nourris.

Un constat loin des clichés

Il faut dire que le rendez-vous, qui se voulait une confrontation du monde économique et des politiques, a tenu toutes ses promesses. Une première table ronde consacrée au franc fort a réuni Arthur Clivaz, le directeur des remontées mécaniques de Crans-Montana, Grégoire Iten, le directeur de Sametec SA et Alain Métrailler, directeur de Denériaz SA. Les trois patrons ont décrit des réalités quotidiennes pas toujours conformes aux clichés d’une économie aux abois. Si l’abandon du taux plancher a renchéri massivement les prix du secteur touristique, dans le secteur de la construction, le choc du 15 janvier a d’abord eu des effets positifs. Le prix des machines commandées à l’étranger a chuté, a ainsi expliqué Alain Métrailler, néanmoins inquiet sur les effets à long terme que le franc fort aura sur la conjoncture valaisanne. « Le franc fort a bon dos. Pour certains, c’est juste un prétexte pour délocaliser », a dénoncé de son côté Grégoire Iten.
Pas d’appel aux secours pour les trois hommes qui se refusent au catastrophisme, mais un plaidoyer vibrant pour une simplification des procédures administratives. « Les politiques prennent des décisions en faveur des entreprises. Mais ils sont incapables de les faire appliquer par l’Administration fédérale », a relevé Arthur Clivaz, dénonçant l’inaction dans le dossier de l’exemption de la TVA pour les dameuses. Une pique lancée à dessein en direction des quatre ténors de la politique fédérale qui étaient là pour en débattre : le président du PDC suisse Christophe Darbellay, la vice-présidente du Parti socialiste suisse Géraldine Savary, l’UDC et président de l’USAM Jean-François Rime, et le conseiller national PLR vaudois Olivier Français.

Passe d’armes sur l’alliance bourgeoise

« La priorité est maintenant la lutte contre toutes ces procédures qui mettent des bâtons dans les roues des entreprises », a assuré Christophe Darbellay, largement appuyé par Jean-François Rime, pour qui la priorité est de faire maigrir l’administration et réduire les charges pour les PME. Hélas pour l’UDC, la première tentative de coupes claires dans le budget de la Confédération s’est soldée par un échec. Interpellé sur sa défection dans la nouvelle alliance bourgeoise créée pour faire face au franc fort, le président du PDC suisse a minimisé l’affaire. De son côté Géraldine Savary a dénoncé la logique de puissance arithmétique de cette alliance bourgeoise, rappelant que la Suisse ne pouvait avancer sans des compromis entre toutes les forces politiques, y compris la gauche. Fidèle à sa réputation de creuseur de tunnel, Olivier Français a insisté sur la nécessité de poursuivre les investissements. « Les entreprises ont besoin d’infrastructures performantes », a fait valoir le père du M2 lausannois. Dans ce premier débat très politique, les quatre « éléphants » ont ferraillé avec plaisir et souvent même passion.

L’inconnue des retraites

Changement de ton et de registre pour la dernière partie de la soirée, consacrée à l’avenir des retraites. Le projet Prévoyance 2020, préparé par le conseiller fédéral Alain Berset, veut réformer tout à la fois l’AVS et le deuxième pilier. Une mécanique complexe, ont souligné tous les interlocuteurs. Si la hausse de l’âge de la retraite des femmes hérisse Géraldine Savary, elle semble acquise pour la droite. « Il faut arrêter ce cirque », a lancé Christophe Darbellay, tandis qu’Olivier Français estime, lui, que «la société est désormais prête à franchir le pas ». Les points d’achoppement risquent d’être la baisse du taux de conversion de la LPP et l’augmentation de la TVA pour financer les retraites. Interrogée dans un micro-trottoir, la population valaisanne reste confiante dans la solidité des retraites.

Roland Savioz

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