Energie et environnement, Prises de position

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Prise de position

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Pour l’économie, l’énergie – et en particulier l’électricité – revêt une importance vitale. Sans elle tout s’arrête. La sécurité d’approvisionnement est une condition cadre fondamentale, aussi bien d’un point de vue quantitatif (volumes disponibles) que qualitatif (stabilité du réseau).

Le coût de l’énergie est un facteur déterminant pour la prospérité du site économique. Le Valais dépend de branches intensives en énergie, comme l’industrie, les transports et le tourisme, qui sont toutes fortement soumises à la pression concurrentielle internationale. Peu importe qu’ils découlent de taxes, de redevances ou de coûts de production trop onéreux, des prix élevés de l’électricité nuisent à la compétitivité et à la création de places de travail.

Produire de l’électricité n’est pas une fin en soi. Dans une économie avancée, le courant est un entrant pour toutes les branches économiques. Cet élément n’est pris en compte nulle part dans le rapport stratégique : les intérêts des consommateurs valaisans – ménages ou entreprises – ne sont jamais évoqués. C’est bien dommage, car ils ne sont pas nécessairement alignés sur ceux du canton ou des collectivités publiques : quelqu’un, quelque part doit bien payer cette fameuse « rente de ressource ».

Evaluation résumée

La stratégie poursuit plusieurs buts ambitieux. Elle entend créer une communauté valaisanne solidaire devant la ressource hydraulique ; maximiser la rente de cette ressource ; développer la filière électrique et créer des emplois ; exploiter de manière optimale le potentiel hydraulique présent dans le canton.

Du point de vue de la CVCI, la stratégie souffre de défauts conceptuels critiques. Elle se base sur une appréciation obsolète des perspectives de l’énergie hydroélectrique ; minimise trop les risques, en particulier les risques climatiques sur l’exploitation et les risques financiers pour les collectivités, et donc les contribuables ; se limite à une clé de répartition entre différents acteurs publics sans considération pour les consommateurs, qui pourraient payer la facture de cet oubli.

De la sécurité d’approvisionnement

L’objectif de devenir maitre de 60% des capacités valaisannes de production peut séduire sur le papier, mais il a des conséquences potentiellement déconcertantes. Dans une certaine vision de l’économie, il peut faire sens de nationaliser les moyens de production d’énergie électrique, tant le caractère stratégique de cette ressource est important. Cependant dans la réalité, la gouvernance européenne et suisse actuelle de l’énergie rend cette approche peu utile pour garantir la sécurité d’approvisionnement du canton.

Les aménagements hydrauliques construits en Valais produiront environ 9 TWh une fois restitués les débits résiduels. Etre propriétaire de 60% des installations, comme le prévoit la stratégie élaborée par le DEET, met à disposition 5.4 TWh d’électricité. C’est 2.4 TWh de plus que la consommation valaisanne (environ 3 TWh). Toute cette surcapacité ne contribue en rien à la sécurité d’approvisionnement du canton.

Aujourd’hui 150 millions de francs au titre des redevances et de l’impôt spécial sont versés aux collectivités valaisannes depuis l’extérieur du canton par les sociétés de partenaires. Si le Valais devient propriétaire de 60% des aménagements, ce seront d’après nos estimations plus de 80 millions de francs qui ne viendront plus alimenter nos finances publiques. Ces montants devront être compensés par le contribuable valaisan.

Nous invitons le canton à revoir son approche de la sécurité d’approvisionnement. D’abord en la redimensionnant pour s’approcher des besoins avérés des ménages et des entreprises. Ensuite en panachant ses participations avec différents agents énergétiques, de bande et de pointe, en Suisse et à l’étranger. De cette manière il devient possible de correctement gérer les risques techniques et financiers.

Concentrer son portefeuille de production dans une seule filière serait imprudent, et pourrait avoir des conséquences fâcheuses pour le consommateur et le contribuable comme le montre l’exemple suivant.

Captifs vs éligibles

Pour bien comprendre les risques pour le consommateur et le contribuable, projetons-nous dans l’avenir avec un scénario chiffré.

Nous sommes en 2050. Le prix de marché de l’électricité est de 5ct/kWh. La « communauté valaisanne » est propriétaire de 60% des aménagements présents sur son territoire. Elle dispose de 5.4 TWh. Le prix de revient est de 6ct/kWh.

En Valais, le 30% de l’électricité consommée (1 TWh) est livrée à des consommateurs éligibles, ils payent le prix du marché. Le reste de l’électricité ( 2 TWh) est utilisée par des consommateurs captifs : ils payent le prix solidaire de 6ct/kWh pour couvrir le prix de revient des exploitations valaisannes. Le solde (3.4 TWh) est vendu par la « communauté valaisanne » sur le marché avec une perte de 1ct par kWh.

Dans cette situation, avec un centime d’écart entre le prix de revient valaisan et le prix du marché européen, les consommateurs captifs redistribuent 20 millions de francs à la « communauté valaisanne », tandis que cette dernière encaisse une perte de 34 millions de francs.

Stratégie en décallage avec l’actualité

Il est bien sûr impossible de prédire le comportement des prix à des horizons aussi lointains. Peut être, et nous l’espérons, le différentiel sera à l’avantage du Valais. Peut être n’y aura-t-il plus de clients captifs en 2050. Ce qui est certain, c’est que les mutations du secteur énergétique sont imprévisibles. Dans cette perspective, une stratégie à long terme doit anticiper les risques en les encadrant. Hélas, les hypothèses de l’exemple ci-dessus ne sont pas très éloignées de la situation actuelle des producteurs, qui doivent essuyer des épisodes de prix négatifs. En ne correspondant pas à la réalité présente, la stratégie du DEET ne répond pas suffisamment à des exigences prudentielles minimales pour l’avenir.

L’actualité du marché de l’électricité, avec ses épisodes de prix négatifs, devrait être davantage prise en compte. Aujourd’hui la rentabilité des ouvrages hydroélectriques est remise en cause. Et d’amener des questions dans son sillage : qui reprendra les installations non rentables ? Comment seront réparties les pertes ? Des provisions sont-elles nécessaires pour le démontage de certains ouvrages ? Autant de questions sans réponses, car pas abordées dans le présent rapport.

Le cœur de la stratégie repose sur une clé de répartition censée créer de la solidarité entre le canton, les communes concédantes et celles non-condédantes. Or l’emphase devrait porter sur l’optimisation de toute la chaine de valeur en Valais, de la production à la distribution en passant par le transport et le négoce. Cependant, rien ne concrétise cet objectif dans le rapport : pas d’incitations aux investissements, pas de flexibilité pour les débits résiduels, … Pire, les importants risques financiers et les exigences aux concessionnaires pourraient influencer leur politique de maintenance et d’investissements.

Il convient ici de relativiser les perspectives de croissance et de création d’emploi de la filière négoce/commercialisation : les négociants tablent en général sur des marges de 0.1 ct par kWh. Appliquées à la consommation des consommateurs éligibles de toute la Suisse, on obtient un chiffre d’affaires de Fr. 30 millions pour l’ensemble du pays. Même si le Valais et les entreprises énergétiques actives dans le canton disposent d’excellentes compétences reconnues, ce potentiel de marché ne doit donc pas être exagéré. Il s’agit de les préserver sans désinvestir, afin de maintenir des capacités qui pourraient être précieuses à l’avenir.

Les ouvrages permettant le pompage-turbinage, qui devraient concrétiser la place du Valais comme « poumon » ou comme « batterie » de la Suisse ou de l’Europe seront parmi les dernières concessions à revenir. Il est peu pertinent de planifier sur la base de ces cas, car l’avenir énergétique est imprévisible à un horizon de 80 ans.

Plus de place pour les grands consommateurs

Il faut reconnaitre que le modèle du DEET traite les grands consommateurs – en particulier l’industrie valaisanne, grande consommatrice mais aussi productrice – au même titre que les partenaires tiers cités dans le projet de consultation. Par exemple, l’entreprise Cimo consomme et produit de l’énergie électrique. Elle est au bénéfice de plusieurs concessions.

Si les motivations de politique économique du DEET sont sincères, il faudrait aussi donner aux grands consommateurs valaisans, comme l’industrie, un accès prioritaire au retour des concessions. Ils devraient être favorisés par rapport aux partenaires tiers. Par exemple, ils pourraient bénéficier d’un droit de préemption sur la part attribué à la communauté valaisanne à un tarif préférentiel intermédiaire. Ce système inciterait les communes concédantes à choisir des partenariats avec des industriels locaux, et favoriserait la compétitivité du tissu économique valaisan.